L'Abbaye Notre Dame d'Ivry

Histoire de l'Abbaye

Cette page a été réalisée à partir des éléments recueillis dans les ouvrages écrit par François Joseph MAUDUIT* et  Michel BRICAUD**, les documents fournis par la Bibliothèque Ste Geneviève à Paris, les Archives Départemental de l’Eure à Evreux et les informations recherchées sur internet .



Fondée en l’an 1072 par le Conte Roger d’Ivry échanson de Guillaume le Conquérant. L’Abbaye Notre Dame d’Ivry est située au bord de l’Eure dans la plaine d’Ivry (Zone délimitée en rouge sur le plan de la Seigneurie d’Ivry en 1741).

 

Plan de la Seigneurie d’Ivry en 1741

On retrouve sur la photo aérienne ci-contre la délimitation des terrains appartenant à l’Abbaye (en rouge) ; l’emprise des bâtiments qui la composent (en jaune) : des jardins (en vert) ; du cimetière (en violet). Une image plus précise de l’importance du site et de l’organisation des bâtiments nous est fournie par le plan du rez-de-chaussée de l’Abbaye et de ses jardins (DROUIN-1677*), le plan détaillé  du logis des moines (GONTARD-1776*) et une vue scénographique de l’Abbaye réalisée par Don Michel Germain en 1687 (planche XXII du Monasticon Gallicanum).  

Localisation des emprises de l"Abbaye

 

Si on se réfère aux rares documents que nous avons de l'Abbaye (plan géomtral du rez de chaussée et plan géométral du logis) nous avons  un très bon aperçu de l'ampleur de l'Abbaye. Le cloître 13 toises de coté (environ 24m) et l'ancienne nef de 18 toises de long (35m) et 8,5 toises (15.5m) de large donne une idée de la majestuosité du site. Comme toute Abbaye on retrouve dans l'organisation des espaces et l'agencement des bâtiments (voir les plans)  tous les servives et fonctions necessaires à une vie moniacale. 

Tout au long de son existence l’Abbaye compta en tout et pour tout trente cinq abbés réguliers et huit abbés commendataires. Mais il n’y eu jamais plus de 15 moines en présence en même temps au sein de l’Abbaye au plus fort de son rayonnement.

 

Seize ans après sa fondation l’Abbaye connue ses premiers déboires. Guillaume de Breteuil s’en servit comme camp retranché durant la guerre qu’il eut contre son vassal Asselin Goël. Cette occupation contribua fortement à la détérioration site. Mais c’est en 1092 que Asselin mis le feu à l’Abbaye pour y déloger son rival. Proie des flammes les bâtiments et l’Eglise furent totalement détruits ainsi que l’ensemble du mobilier qui y était contenu. Il fallu attendre 1240 pour que L’Abbaye fut reconstruite.

 

Durant les trois siècles qui suivirent l’Abbaye du faire face à de nombreux rappels à l’ordre tant au niveau du respect de la conduite des prieurs et abbés qui se succédèrent (ceux-ci dérogés aux principes même de l’ordre) qu’à propos de la mauvaise gestion qui y était pratiquée. Faute d’entretien l’édifice commença à se délabrer et, au fil des années, finit par tomber presque entièrement en ruine.

 

Devenue la propriété de Diane de Poitiers au XVIe siècle, l'Abbaye fut placée pendant quelques années sous la commande de Philibert Delorme, le grand architecte du roi Henri II. Très éprouvée par la guerre de Cent Ans et les guerres de religion, Notre Dame D’Ivry subit le pillage du couvent et de l’Eglise par les calvinistes qui détruisirent la nef en 1563. C’est d’ailleurs à partir de ce moment que la prospérité de l’Abbaye commença à péricliter.

 

Plan géométral de l'Abbaye Notre Dame d'Ivry dressé par DROUIN en 1677

Plan géométral du rez de chaussée des batiments de l'Abbaye Notre Dame d'Ivry dressé par Gontard en 1776

Selon Michel Bricaud : «Avant la révolution six prieurés et de nombreuses cures dépendent de l'Abbaye. parmi les prieurés on compte : Ste Magdeleine de Fréville, St Marc du Sépulcre à coté de Dreux, St Lubin du Coudray dans le diocèse de Chatres, St Nicolas de Touraye, St Germain de la truite, St Barthélemi de Gourney autrefois dans le diocèse d'Evreux. Les cures sont celles de St Ursain dans le Château où il y avait aussi une petite collégiale»*.

En 1669, l’Abbaye est restaurée et réformée par la Congrégation de Saint-Maur. L'église devient alors paroissiale mais des difficultés financières conduisirent à la fermer de 1766 à 1775.

 

Les habitants réclamant instamment le retour des religieux. Une partie de l’édifice fut remis à neuf. On retrouve trace de cette restauration dans un l’inventaire établi en 1790 : «…reconstruire les gros murs de deux bas cotés de l’Eglise, remettre à neuf six grandes croisées de la dite Eglise, ainsi que la charpente et la couverture du cœur, à plafonner le dit chœur, à refaire peindre et dorer le maitre autel, à réparer, recrépir et blanchir toute la maison, à toucher toutes les couvertures de tous les bâtiments, à refaire à neuf toutes les croisées, à remeubler en entier toute la maison, à acheter le linge de maisons et de la sacristie ainsi que tous les ornements nécessaires pour le culte. »*.

 

Malgré cette onéreuse restauration (vingt-six mille livres de l’époque) l’Abbaye ne survivra pas longtemps.

 

L’ordre bénédictin d'Ivry est définitivement supprimé peu de temps après. L’inventaire complet des biens est réalisé en 1790, l'Abbaye est vendue en 1791  et l’ensemble commence à être vendu et dispersé dès 1791.

L'acquéreur fait dont des tableaux, statues, du contre-retable, des basses stalles et ballustrades à l'Eglise Saint Martin. F-J Mauduit rapporte que deux des cloches sont échangées aux  habitants de Breuilpont puis seront fondues en 1834 pour faire des canons.

 

En 1804 une filature de coton (Mull-Jennys***) fonde son établissement dans les anciens bâtiments de l’Abbaye. Elle sera détruite par un incendie en 1869. Depuis presque tous les bâtiments de l’Abbaye ont totalement disparu.

 

Aujourd'hui Il ne reste plus :

 

  • qu’un pan de mur correspondant à la paroi du fond de la Chapelle du Portail et le Portail de l'Abbaye Notre Dame que nous pouvons toujours admirer
  • quelques vestiges cachés mais inaccessibles car ils sont éparpillés et dissimulés chez des particuliers

 

 

 

 

*   « Histoire d’Ivry-La-Bataille et de l’Abbaye de Notre Dame d’Ivry » par JF MAUDUIT-1899

**  « Histoire d’Ivry-la-Bataille et de ses environs »  par Michel BRICAUD-1997

*** Machine à filer à énergie hydraulique qui, au fur et à mesure de ses perfectionnements, fila d’un même mouvement de 30 à 1 000 fils en même temps. Elle est aussi nommée en français Jeannette et, dans certains documents du XVIIIe siècle, gennis